Emmanuelle Comtesse - Psychologue Clinicienne

Etat limite

Quand on est border line, on a des hauts, très hauts, et des bas, très bas. On a le cafard au moins une semaine sur deux. Avec beaucoup de sagesse, on aura fait une cure de magnésium, avec un peu de chance, on aura rencontré l’amour de notre vie, et le croire suffit à faire grimper notre taux d’endorphines. Bref, on a eu un passage à vide, une défaillance, comme on dit, et puis on a remonté la pente.

Quand on a une personnalité border line, on déambule tel un funambule sur un fil entre névrose et psychose. Et les saisons n’y changent rien. On éprouve toujours un sentiment de vide que rien ne comble. C’est comme ça, on a l’air normal, à peine plus morose que la moyenne, si ce n’est que l’on flirte dangereusement avec l’autodestruction. Est-ce grave ? Un peu. Parce que l’état limite s’aventure aux frontières de la folie, sans toutefois en franchir la limite, d’où la désignation « états limites ».

Historique

Dès 1884, la psychiatrie décrit un état limite proche de la folie, encore mal défini. Il faut attendre la moitié du vingtième siècle pour que cette pathologie soit considérée comme une entité. Pour certains auteurs, il s’agit d’une pathologie se situant au carrefour entre les névroses et les psychoses, pour d’autres il s’agit d’une structure à part entière n’appartenant ni aux névroses ni aux psychoses.

En 1937, dans son article Analyse avec fin et analyse sans fin, Freud avait déjà lancé l’idée que tout névrosé possède un noyau psychotique, posant ainsi les bases d’une structure limite.

En France, le psychiatre Widlöcher s’intéresse le premier aux états limites. Il évoque davantage la notion d’intrication de défenses névrotiques et psychotiques que de structure à proprement parler. Puis l’hypothèse de Bergeret, selon laquelle les états limites se défendent contre l’angoisse d’abandon par des mécanismes proches de la psychose, est aujourd’hui largement partagée.

Symptômes

La plupart des personnalités état limite sont des femmes, que l’idée d’être délaissées rend folles d’angoisse. Il s’agit d’une peur irraisonnée, souvent liée à un traumatisme ancien, tels que des maltraitances ou des abus sexuels subis dans l’enfance. Telles des effractions de l’âme, ces violences provoquent des blessures qui entraînent de véritables hémorragies psychiques. La personnalité border line est alors si fragile, qu’on a l’impression de marcher sur des œufs. Elle est dotée d’un système de défense en piteux état qui peine à la protéger. Si bien qu’un simple coup de talonnette suffit à écrabouiller la coquille.

La femme border line, c’est le poussin dont l’œuf n’a pas été assez couvé pour qu’il puisse grandir et sortir de son enveloppe protectrice.

Une fois dehors, elle angoisse constamment parce qu’elle se sent vide, mal sécurisée. Il s’agit d’une angoisse diffuse qui envahit tout son être. Sa vision du monde et d’elle-même est constamment remise en cause, ses repères basculent et la vie perd tout son sens.

 

Ses crises existentielles sont fréquentes. Lorsqu’elles sont aiguës, elle sombre dans la dépression, une dépression noire liée à un sentiment de solitude et de désespoir. Dans ces moments de crise, elle ressent parfois de la rage, de la colère, reprochant à l’autre son absence ou son manque de soutien. Elle se sent affreusement lasse, se compare aux autres, et se dit que sa vie ne vaut rien.

Naturellement, lorsqu’on se sent une moins que rien, à la moindre réflexion désobligeante, on a des envies de passer par-dessus bord ou de tout fiche en l’air, ou les deux à la fois. Et c’est ce qu’elle fait. Elle part complètement en vrille. Pour commencer, elle tente de se suicider, histoire de faire comprendre à son entourage qu’elle va vraiment mal et qu’elle aimerait que l’on tienne davantage compte de ses états d’âme.

Mais ça ne marche pas, parce qu’on en marre de ses humeurs fluctuantes et qu’on est de moins en moins réceptif à ses chantages affectifs.

Alors elle casse tout, se met à piquer dans les supermarchés et même parfois à se droguer, puis elle fugue et vous plaque brutalement sans prévenir.

«Que de remue-ménage pour des broutilles » vous vous dites. Elle est border line, on vous signale. Ce qui veut dire qu’elle vous a complètement idéalisé et que vous lui étiez devenu indispensable. Elle avait trouvé en vous l’âme sœur, celui qui colmate les brèches de son passé émaillé de traumatismes, une épaule solide sur laquelle s’épancher. Bref, elle a reconnu en vous l’âme sœur, l’homme de ses fantasmes qui la sauverait des griffes de ces tortionnaires dont la cruauté ne cesse de la hanter. Et puis un jour, sans que vous ne sachiez pourquoi, vous l’avez déçue.

« Mais quand même, c’était pas si grave cette remarque, samedi soir, sur son tajine au citron trop amer! ». Pas grave, non. Si ce n’est que vous l’avez fait devant les invités. Et comme toute personne qui souffre de graves troubles identitaires, elle est vulnérable, donc très sensible au jugement d’autrui. Dans ses périodes de crise, la moindre réflexion la déstabilise, parce qu’elle manque totalement de confiance en elle. Inutile de culpabiliser, vous êtes de toute façon passé du côté de celui des affreux qui s’acharnent à lui bousiller l’existence et lui veulent du mal.

 

Avec la femme border line, il n’y a pas de juste milieu, elle est trop instable. Soit elle vous tend les bras, soit elle fait comme si vous n’étiez plus là. Divine idylle, salut ! Et si vous restez encore à guetter son parfum après 10 crises clastiques, 3 T.S. et quelques beuveries qui ont viré au drame en l’espace de quelques mois, c’est que vous avez définitivement fait vœu de piété et raté votre vocation d’infirmier psychiatrique. L’état limite est un puit sans fond que l’on ne remplit jamais, l’insatisfaction incarnée, même lorsqu’elle trouve une source de plaisir momentané. Quoique vous fassiez, ça ne sera jamais assez. Le problème, c’est qu’elle ne supporte pas la solitude, alors comme vous avez répondu présent à ses minauderies de petit chat écorché, elle vous a choisi, vénéré, puis détesté.

 

Si vous voulez avoir une idée plus précise de ce qu’est la femme border line, pensez à Eliane, dit Elle, dans le film « L’été meurtrier » de Becker.

Dès le début, on se rend compte que quelque chose cloche en elle. Sa façon de s’habiller, de provoquer les hommes, de se déhancher ostensiblement pour attirer leurs regards. Elle est touchante cette femme avec ses airs de petite fille blessée. Alors, on a envie de l’enlacer, de lui dire que tout va bien, qu’elle n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour qu’on s’aperçoive qu’elle existe. Oui, mais le problème c’est qu’elle est complètement déjantée, à deux doigts de basculer dans la folie. Pourquoi ? Parce qu’elle porte un lourd secret de famille, une histoire de dingue à laquelle ce brave Pin-pon, éperdu d’amour, ne comprend décidément rien. Et des flammes de l’enfer, tout pompier qu’il est, il ne la sauvera pas. Car le trauma laisse des traces parfois indélébiles, et à trop fouiller dans les vestiges de son passé, Eliane y perd une partie de son être, précisément de l’autre côté de la ligne de démarcation entre trouble et folie, où elle finit par sombrer.

 

Etat limite, votre vide existentiel est un refuge pour vous parer du danger que représente autrui.

Par mesure de protection, vous affichez un désintérêt total pour le monde extérieur qui laisse penser que vous êtes indifférent. En réalité, vous êtes hypersensible et le clivage de votre personnalité écorchée reste une solution de salut pour oublier les sévices endurés par le passé.

 

Emmanuelle Comtesse

 

 

 

 

 

 

 

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Psychologue clinicienne diplômée de l’université - Paris VII - DESS Psychologie clinique et Psychopathologie - DEA Sexualité et traumatisme - DU de Victimologie Université René Descartes Paris V - DU Prévention et Responsabilité Université Panthéon Assas Paris II - Certificat Thérapie systémique et familiale, formation Carole Gammer.
N° agrément D.D.A.S.S. (Adeli) : 759318496