Emmanuelle Comtesse - Psychologue Clinicienne

La manipulation

 

Étymologiquement, « manipuler », vient du latin manipulus qui signifie « poignée » ou « poignée de main ». On peut alors considérer qu’une personne manipulatrice a la main mise sur l’autre, qu’elle exerce un contrôle permanent pour atteindre un objectif précis, en toute conscience et avec détermination. Il s’agit donc d’une manœuvre pour inciter insidieusement quelqu’un à adopter un certain comportement.

La manipulation psychologique et émotionnelle s’exerce dans le domaine professionnel, en entreprise, en politique, mais également dans des secteurs privés comme ceux de la famille, des amis et du couple.

La manipulation a des effets douloureux et handicapants chez des personnes de divers milieux, âges et personnalités, et de niveaux social, économique et éducationnel, différent.

 

La liste des manipulateurs est longue. Il peut s’agir d’un parent abusif, d’un conjoint tyrannique, d’un ami jaloux, d’un patron autoritaire, de collègues arrivistes ou de subordonnés malveillants. Ils agissent le plus souvent dans l’ombre et en toute impunité. Aussi, n’importe qui peut-il se laisser berner sans se douter qu’il est manipulé. Au moins pour quelques temps, car les stratégies manipulatoires ne sont pas toujours des plus subtiles et peuvent être rapidement décelées.  Mais si l’on peut aisément démasquer un manipulateur, on ne se dépêtre pas si facilement d’une relation toxique, ne serait-ce que parce que cette situation affaiblit considérablement l’état psychologique de celui qui en est la victime.

Dès les premiers temps de la manipulation, la personne manipulée ressent un malaise qu’elle n’est pas en mesure d’identifier car la manière d’opérer du manipulateur n’est jamais directe. Celui-ci excelle dans l’art du flou, maintenant sa proie dans la confusion et le doute. Être la victime d’une manipulation est une expérience délétère qui renforce la dépendance et le sentiment d’impuissance, faisant perdre tout contrôle à celui qui la subit. La manipulation entrave ainsi le bon fonctionnement d’une relation, l’installant dans un jeu de pouvoir déséquilibré et disproportionné.

 

Neutraliser les agissements d’un manipulateur n’est pas forcément long, car ces individus ne sont pas très persévérants et ne tardent pas à chercher une nouvelle proie dès lors qu’on leur oppose trop de résistance. Cette démarche nécessite cependant un travail d’introspection (« quels sont les aspects de ma personnalité qui  font de moi une proie facile ? ») et une connaissance des mécanismes de la manipulation (« quelles sont les motivations du manipulateur et comment procède-t-il pour parvenir à ses fins ? »).

 

Les personnalités vulnérables à la manipulation

A priori, nous sommes tous potentiellement vulnérables à la manipulation, mais certaines personnes le sont plus que d’autres. Dans leur manière d’être, leurs habitudes et leurs comportements, ces personnes exposent inconsciemment leur vulnérabilité. Contrairement aux idées (trop souvent) reçues, les principales cibles des manipulateurs sont loin d’être stupides ou naïves, mais elles sont en revanche trop soucieuses de bien faire, et même de plaire. Et c’est là leur talon d’Achille. Car ces personnes sont avant tout consciencieuses, exigeantes avec elles-mêmes et sensibles au regard d’autrui. Elles ont en outre tendance à éviter le conflit et à faire passer les besoins et désirs des autres avant les leurs. Ces traits de caractères sont en quelque sorte des « touches » sur lesquelles les manipulateurs appuient pour les attirer dans leur ret.

Savoir pourquoi nous avons développé ces facettes de notre personnalité est une question essentielle qu’il est indispensable de creuser avec un psychothérapeute pour ne pas risquer de se faire piéger à chaque nouvelle relation. L’objet de cet article est avant tout de comprendre comment fonctionne le manipulateur, pourquoi nous tombons si facilement entre ses mains, et d’apprendre à s’en protéger.

 

Les credo toxiques

Les manipulateurs excellent dans l’art de repérer les failles de l’autre. Cependant, d’après la psychologue Harriet B. Braiker, auteur du livre Ces gens qui tirent vos ficelles, certaines personnalités seraient particulièrement vulnérables à la manipulation, notamment parce qu’elles auraient tendance à dévoiler leurs points faibles.

Le principal d’entre eux, et probablement le plus caractéristique, serait un besoin maladif de plaire. Vouloir plaire aux autres ne serait pas pathologique, si cette tendance  n’entraînait pas une forte dépendance à l’autre, un besoin systématique de l’approbation de son entourage. Pour ces personnalités, désignées comme « gentilles », l’estime de soi dépend du plaisir qu’elles procurent à leur entourage. L’envie de plaire est alors dommageable car elle opère à leurs dépens. Certaines personnes, notamment les manipulateurs, se font un plaisir d’exploiter leur bonne volonté. La personne « gentille » fonde son opinion et ses choix sur le credo « je devrais » qui augmente le niveau de stress et rend plus vulnérable aux manœuvres manipulatrices.

Voici quelques exemples de credos particulièrement délétères pour la santé: « Je devrais faire passer les autres avant moi »; « je ne devrais jamais décevoir ni négliger quelqu’un »; ou encore « je ne devrais jamais faire peser sur les autres le poids de mes problèmes et de mes besoins ».

Derrière la peur de déplaire se cache la difficulté de ressentir un sentiment de culpabilité. La hantise de ce sentiment et le besoin de le faire disparaître poussent les « trop gentils » à anticiper la demande d’autrui pour le satisfaire. Mieux vaut se priver que de culpabiliser. Les « trop gentils » seraient-ils d’éternels coupables en guerre contre un surmoi tyrannique ? La réponse est oui, et c’est bien ce dont les manipulateurs se délectent.

D’autres traits de caractère, découlant de ce besoin maladif de plaire, font la lie des manipulateurs. Le besoin de gagner l’approbation des autres, le manque d’assurance, l’incapacité de dire « non », la peur du conflit s’enracinent dans la crainte des réactions négatives qu’un refus pourrait provoquer.

 

Un ego effacé

Les personnes vulnérables à la manipulation présentent la plupart du temps un moi effacé.  Elles ont en effet un sentiment flou de leur identité. Cet indice est à la fois une cause et une conséquence de la manipulation.

Les causes d’un ego peu affirmé trouvent leur source dans les expériences pénibles de la petite enfance qui ont entravé le développement harmonieux de la personnalité. Ces personnes ont été éduquées dans l’idée que leurs appréciations, leurs actes et leurs sentiments étaient secondaires et qu’ils devaient se rallier à l’opinion des autres, dont l’importance et la valeur étaient davantage considérées.

Ce type d’éducation ne favorise pas l’autonomie de penser et d’agir. Une personne qui se fie systématiquement au jugement et à la volonté d’autrui ne sait pas ce qu’elle veut et où elle va. Prendre une décision, faire des choix, avec les risques que cela comporte, suppose de se faire confiance. Ce qui est loin d’être évident lorsqu’on a été dénigré dans sa vie d’enfant. Or, c’est bien cette vulnérabilité et cette dépendance vis-à-vis des autres qui vont attirer les manipulateurs et permettre d’asseoir leur pouvoir.

 

Comment fonctionne le manipulateur

Repérer un manipulateur n’est pas aisé car il dissimule ses motivations. Il apparaît même bien souvent comme le contraire de ce qu’il est réellement et déguise ses objectifs en motifs raisonnables et honnêtes. L’une des règles de base, face à un manipulateur, est de ne jamais se fier à ce qu’il dit, mais uniquement à ce qu’il fait. Il est également important d’avoir à l’esprit que le manipulateur n’a pas d’empathie pour ses pairs. Il est donc vain d’en attendre de la compassion. La seule façon de changer un manipulateur est de cesser de le « récompenser » en lui obéissant. Car le manipulateur n’est pas persévérant et lorsque la manipulation devient difficile, il abandonne la partie et cherche une autre victime.

Le manipulateur opère en fonction de motivations interpersonnelles, c’est-à-dire qu’il tente de servir ses objectifs et ses intérêts personnels en se faisant passer pour une personne altruiste et généreuse (« je fais cela parce que je t’aime »). Il a besoin d’abuser de son pouvoir pour compenser un narcissisme défaillant et de contrôler ses pairs pour assouvir sa soif de puissance. Il peut d’ailleurs se mettre à ressentir de l’anxiété lorsque son pouvoir est menacé. Sa frustration s’exprime alors à travers des colères, de la boulimie, des conduites addictives (alcool, tabac) et des changements d’humeur brutaux. C’est dans ces moments-là qu’il peut devenir agressif et menaçant, notamment s’il est pervers, car le manipulateur ne supporte pas de perdre. Cependant, même si son état émotionnel est bouleversé, il ne changera pas pour autant, car le déni est une composante essentielle de la manipulation et le manipulateur n’admet jamais qu’il utilise des tactiques manipulatrices en vue de faire plier l’autre à sa volonté. Inutile donc de vouloir le changer en lui faisant prendre conscience de ses actes. Il réagira en insufflant un sentiment de culpabilité et de honte à quiconque lèvera le voile sur son comportement.

 

Une vision du monde manichéenne

Le manipulateur envisage les relations interpersonnelles sur le mode « dominants-dominés », les premiers étant destinés à commander et les seconds à obéir. Une relation égalitaire, dans laquelle les décisions sont prises par les deux parties et les droits de chacun respectés, n’est pas concevable. Cela vient notamment du fait que le manipulateur est incapable d’empathie, ce qui signifie qu’il ne peut imaginer qu’une autre personne pense et ressente différemment de lui. Il est même convaincu qu’il mérite de voir ses désirs et ses besoins assurés par les autres, car le monde lui doit une revanche. La raison invoquée étant le plus souvent un vécu infantile malheureux. Ces blessures narcissiques lui assurent ainsi la légitimité nécessaire pour demander que les injustices soient rétablies, sans tenir compte des droits d’autrui.

Il est enfin un aspect du fonctionnement psychologique du manipulateur qu’il convient de souligner : celui-ci, pour se protéger de ses pulsions destructrices, utilise le mécanisme de défense de la projection. Cela signifie qu’il prête aux autres ses propres intentions malveillantes. Cette tendance à la projection l’empêche de faire confiance à quiconque et le pousse à agir en conséquence, c’est-à-dire en portant le premier coup.

 

La personnalité des manipulateurs

Le meilleur moyen de se protéger des manipulateurs est tout d’abord de les repérer. Si l’on considère que les manipulateurs sont avant  tout des personnes avec lesquelles on entretient des relations intimes ou que l’on rencontre sur son lieu de travail, cela devrait faciliter la tâche.

Le premier critère auquel se référer est la perte de contrôle, le sentiment de malaise et de confusion que l’on éprouve à son contact. Il est cependant inutile de faire part au manipulateur de ce que l’on ressent car celui-ci n’a pas conscience de l’impact que son comportement peut avoir sur autrui. En revanche, si vous lui demandez des éclaircissements et lui faites part de vos doutes, cela l’encouragera à peaufiner ses manœuvres. La seule contre-offensive valable avec ces individus est d’adopter une attitude de résistance qui imposera vos limites et protégera votre liberté individuelle. Cette stratégie revient à focaliser vos efforts sur vous-même et non pas sur le manipulateur.

Mais avant d’élaborer un plan de résistance, passons au crible les personnalités manipulatrices.

 

La personnalité machiavélique

Les traits principaux de la personnalité du manipulateur sont la ruse et le cynisme. Inspiré du prince et philosophe Machiavel (XVIe siècle), qui partait du principe que les hommes sont par nature mauvais, le machiavélisme caractérise une personnalité pour laquelle la fin justifie les moyens. Les individus machiavéliques utilisent donc leurs semblables comme instrument afin de parvenir à leur fin, suscitant généralement des réactions de colère et de vengeance. Ils sont souvent charmants, désinvoltes, sûrs d’eux, arrogants, calculateurs et opportunistes.

 

La personnalité narcissique

Une autre catégorie d’individus fortement, enclins à la manipulation, est celle de la personnalité narcissique qui oscille entre inflation et dévalorisation narcissique. Pour se valoriser, cette personnalité a besoin de dévaloriser l’autre et inversement. L’idée que d’autres qu’elle-même puissent être dotés de qualités personnelles ou réussir davantage, est d’autant moins concevable que cela risquerait de ternir son image au lieu de la rehausser. La personnalité narcissique affiche un besoin constant d’être admirée. Elle est en outre convaincue qu’elle mérite une considération particulière et que les autres doivent se plier à ses exigences pour lui donner ce qu’elle considère comme étant un dû. L’envie et la volonté d’exploiter son semblable l’empêche de reconnaître ses besoins, ses sentiments et de manifester de l’empathie à son égard. Elle revendique farouchement ses prérogatives et si l’autre ne répond pas à ses attentes, elle exprime sa surprise et sa colère.

 

La personnalité limite

Le comportement de l’individu atteint d’un trouble de la personnalité limite se caractérise par des changements d’humeur brutaux, des relations instables, une difficulté à gérer ses émotions et à contrôler ses pulsions, d’où les violents accès de colère. Sa vie émotionnelle et affective est riche et dense, mais elle est aussi jalonnée d’épisodes dramatiques (TS, crises clastiques, ruptures brutales, scandales).

La demande affective et sexuelle de la personnalité limite est massive. Elle exige d’être aimée de manière inconditionnelle par son partenaire. Ce dernier, porté aux nues lorsqu’il répond à cette demande, peut aussi bien faire l’objet d’une haine sans bornes s’il faillit à la règle imposée de l’amour absolu. Ce changement brusque et fréquent prend le partenaire par surprise et le rend vulnérable à la manipulation, le plus souvent basée sur du chantage affectif.

L’idée d’être abandonnée lui est insupportable. Aussi, lorsque sa sécurité affective est-elle menacée, elle réagit avec une sensibilité accrue à toute menace de rejet. Contrairement à d’autres personnalités manipulatrices, dont les actes sont prémédités, les états limites agissent sous le joug de la peur, du désespoir et de l’impuissance. Il n’en reste pas moins que l’impact de leur attitude est très destructeur pour celui ou celle qui partage leur vie.

 

La personnalité dépendante

Soumises et incapables de prendre une décision par elle-même, ces personnes manipulent les autres pour qu’ils réalisent à leur place ce qu’elles ne sont pas en mesure de faire. Le procédé manipulatoire de la personnalité dépendante est insidieux, car son objectif n’est pas de nuire, mais bien que l’on s’occupe d’elle. Ces personnes exercent par conséquent une pression permanente sur leurs proches en se servant de leurs propres faiblesses et en se montrant particulièrement exigeantes.

 

La personnalité histrionique ou hystérique

Attirer l’attention sur soi, c’est le leitmotiv de l’histrion. Par des attitudes séductrices, des tenues extravagantes, un comportement inhabituel, voire mélodramatique, la personnalité histrionique tente de susciter des émotions chez l’autre pour arriver à ses fins. Ce comportement sexuel et séducteur peut être à l’origine de situations embarrassantes comme le harcèlement sexuel, où la parole de la victime risque d’être mise en doute tant son attitude est provocatrice, ses émotions changeantes et son discours confus.

Les manipulations les plus abusives découlent, chez ces personnes, de leur besoin de se trouver au centre de l’attention générale, quitte à avoir recours aux affabulations les plus fantasques.

 

La personnalité passive-agressive

Tout comme avec la personnalité dépendante, il s’agit d’une forme de manipulation insidieuse, mais le modus operandi est différent. Les comportements de la personnalité passive-agressive sont la mollesse, l’entêtement, la procrastination, la négligence et l’inefficacité intentionnelle. Ces personnes manipulent les autres en faisant de la résistance passive systématique, ce qui a pour effet de créer un sentiment de frustration et un agacement certain. Lorsqu’on lui en fait part, la personnalité passive-agressive s’en offusque et renforce son comportement. Les probabilités pour que ces individus acceptent de changer d’attitude sont faibles. Mieux vaut se faire à l’idée que l’on ne peut pas compter sur eux et s’en détourner, car se fier à de telles personnes coûte trop cher d’un point de vue émotionnel.

 

La personnalité colérique

Ces personnes ne sont pas, à proprement parler, des manipulatrices. Mais il s’avère que leurs accès de colère, fréquents et spectaculaires, terrorisent à ce point leur entourage que celui-ci vit dans la terreur permanente d’une crise à venir et marche sur des œufs. Le colérique ne supporte pas la moindre contrariété ou tout ce qui pourrait contrecarrer ses projets.

Le stress qu’il s’inflige est tellement communicatif qu’il maintient son entourage à un niveau d’angoisse élevé.

 

La personnalité antisociale

L’existence de la personne antisociale est généralement faite d’errances, de relations sociales compliquées et d’actions illégales. Elle est intolérante à la frustration et se met en colère si les événements ne se déroulent pas comme elle l’a prévu.

Ces personnalités sont clivées et n’ont, par conséquent, pas accès à leurs émotions. Elles ne reconnaissent donc pas celles des autres et demeurent dans le déni quant aux souffrances qu’elles infligent aux autres.

La plupart d’entre elles sont dotées d’un charisme certain et s’en servent pour manipuler et escroquer leurs proches.

 

La personnalité compulsive

Par définition, la compulsion fait de son objet (alcool, jeux, drogues) sa priorité. La personnalité compulsive est par conséquent une personnalité dépendante qui manipule les autres avec ses addictions. La plupart des personnes atteintes de ce trouble sont dans le déni quant à leur dépendance et de ce fait manipulent leur entourage en lui mentant et en l’exploitant. La manipulation réside dans le fait que les proches de ces personnalités dépendantes, appelés co-dépendants, déploient beaucoup d’énergie à vouloir les guérir de leur addiction. Mais leurs tentatives sont vaines car la guérison du compulsif ne dépend que de lui-même. Les personnes co-dépendantes sont alors très vite confrontées à leur impuissance et se sentent coupables de la détérioration sanitaire, psychologique et matérielle de celui ou celle qu’elles ont voulu aider aux dépens de leur propre santé. Côtoyer quotidiennement une personnalité compulsive provoque des émotions nocives comme la baisse de l’estime de soi, la frustration, un sentiment d’insécurité, l’humiliation et la dépression.

 

Comment fonctionne la manipulation

La manipulation repose sur deux principes : l’espoir d’un profit et la menace d’une perte. Le manipulateur promet de récompenser la personne - cible, ce qui explique pourquoi cette dernière est consentante.

Les exemples les plus fréquents se trouvent au sein de l’entreprise, par exemple lorsqu’un supérieur demande à son employé de travailler le soir ou le week-end pour obtenir une promotion, en lui laissant entendre que c’est la coutume de l’entreprise. Non seulement cet employé n’obtiendra jamais la promotion escomptée, mais en plus il se fera exploité, et pourquoi pas insulté en remerciements de ses bons et loyaux services.

Dans cette situation, la tentative de manipulation est flagrante, mais elle peut s’exercer dans d’autres domaines de la vie courante et de manière beaucoup plus subtile. Auquel cas, il est très difficile pour la cible de percevoir ou de déceler la manipulation qui prend le plus souvent l’allure d’une suggestion. Les intentions du manipulateur se précisent lorsque la cible ne se plie pas à sa requête. Il joue alors avec la peur de sa proie et lui promet de la récompenser si elle cède. Pour atteindre son objectif, il utilise des leviers de contrôle comme l’argent, le pouvoir, le sexe, les sentiments, les cadeaux, les louanges, qui sont autant d’éléments dont une personne peut avoir besoin pour se construire ou avancer dans la vie.

Dans un deuxième temps, le manipulateur joue avec ces leviers, passant brutalement de la promesse d’un profit à la menace d’une perte : « si tu ne fais pas ce que je te demande, alors tu perdras ce que tu souhaites le plus au monde ». En agissant de la sorte, le manipulateur se fait l’instigateur du comportement de l’autre pour servir ses propres intérêts ou bien mettre fin à un comportement qui ne lui convient pas.

 

Pour atteindre ses objectifs, le manipulateur a recours à différentes tactiques comme le charme, le mutisme, la coercition, le raisonnement, la bouderie, la dépréciation et la culpabilité, cette dernière étant très utilisée dans la sphère familiale.

Les relations manipulatrices se produisent en tout lieu et à n’importe quelle période de l’existence, mais plus particulièrement lorsque l’individu se trouve dans une phase de transition (de l’enfance à l’adolescence ; de l’adolescence à l’âge adulte), de changement positif ou négatif (mariage ; maternité/paternité ; promotion ; divorce) et de deuil (perte d’un être cher ; perte d’emploi).

Ces périodes de bouleversements, où nous avons plus que jamais conscience que tout est possible, aussi bien la perte que le profit, remettent en cause l’identité, entraînant stress et vulnérabilité. Or, le manipulateur se montre fin limier pour ce qui est de repérer une personne affaiblie.

 

Comment se protéger

La meilleure façon de se parer contre les stratégies manipulatoires est de résister. En effet, lorsque la dynamique de la manipulation est enclenchée, le manipulateur gagne en force à chaque fois que l’on cède à ses volontés, tandis qu’elle continue de créer chez la cible un sentiment d’impuissance et de dépendance.

Il est toutefois important de garder à l’esprit que l’impression de perdre le contrôle de la situation est subjective car relative à un ressenti et non à des faits. Certes, le manipulateur menace et pose des actes, mais sa proie n’est pas dénuée de pouvoir. En réalité, elle dispose des ressources nécessaires pour faire avorter la manipulation. Non pas en essayant de changer le manipulateur, mais en lui opposant une véritable résistance, de manière à ce que le mécanisme de la manipulation se grippe.

Résister à des pressions manipulatrices revient à faire basculer la balance du pouvoir dans la relation, ce qui induit inévitablement un changement auquel le manipulateur va réagir en resserrant son emprise. C’est à ce moment précis qu’il faut lui opposer le plus de résistance jusqu’à ce qu’il n’ait pas d’autre choix que de s’adapter à cette nouvelle situation ou bien qu’il renonce en s’enquérant d’une autre cible plus facile à manipuler.

Dans le meilleur des cas, les tactiques de résistance déclenchent chez le manipulateur des réactions plus saines et plus honnêtes. Mais ne rêvons pas, ces personnes souffrent le plus souvent d’un trouble de la personnalité et croire à leur rédemption totale serait une illusion.

Il n’en reste pas moins qu’un manipulateur utilise la manipulation parce que ça marche. C’est la raison pour laquelle il faut cesser de l’aider. Le prix à payer pour la juguler est certes coûteux en énergie, mais il permet de recouvrer sa liberté de penser et son intégrité psychique. Ce qui est primordial !

 

Les stratégies de résistance

Si la rupture ne peut s’envisager, notamment lorsqu’il existe un lien filial, il est possible d’utiliser des stratégies de résistance qui s’avèrent très efficaces pour lutter contre la manipulation.  Elles se déroulent en sept étapes :

 

1/ Gagner du temps

Les manipulateurs ont recours à la colère, aux cris, aux insultes, ou bien à la bouderie, aux pleurs et au mutisme pour forcer l’autre à obéir. Face à ces mouvements actifs et passifs, il est fortement recommandé de ne pas céder.

Lors d’une requête, des phrases clés comme : « je te demande de patienter quelques minutes » ; « je reviendrai vers toi plus tard », permettent de s’octroyer un moment de réflexion afin de préparer sa réponse et de garder le contrôle de la situation. Il est important d’avoir à l’esprit que l’on ne demande pas la permission au manipulateur, mais qu’on l’informe qu’il devra attendre.

Dans un second temps, après un moment de détente obtenu par des exercices de respiration, on continue de gagner du temps en formulant des phrases de circonstance comme : « J’ai besoin d’un peu de temps pour penser à ce que tu viens de me dire ». ; « je ne suis pas en mesure de te répondre tout de suite, mais je le ferai dès que possible ».

Ces phrases doivent être énoncées calmement et avec le sourire, ce qui aide à garder un ton plein d’assurance.

Bien entendu, le manipulateur n’accordera qu’un court répit à cette requête et cherchera très vite à recréer l’inconfort familier qui lui permet de faire céder sa proie. C’est à ce moment précis qu’il faut renforcer le comportement de résistance, grâce auquel les sentiments négatifs se transforment en sentiment de liberté, d’autonomie et de soulagement.

 

2/ Le disque rayé

Face à cette nouvelle attitude de résistance, le manipulateur va s’objecter et tenter par tout moyen d’avoir une explication. Il est alors vain de s’embarquer dans une conversation, car vouloir se justifier comporte un risque de perte de contrôle.

La technique du « disque rayé » est une méthode simple et efficace qui permet de rester fermement sur ses positions.

Il s’agit de faire part au manipulateur que l’on reconnaît et comprend son émotion ou son sentiment:

« Je comprends que tu sois surpris, mais j’ai besoin de réfléchir à tout cela ».

« …. »

« Je comprends ton impatience, mais j’ai besoin de temps pour y penser ».

« …. »

« Je comprends que tu sois en colère. Je te rappellerai plus tard pour en parler ».

En aucun cas, il ne s’agit de se justifier ou de répondre à des questions, mais bien de rester sur ses positions et de mettre un terme à une conversation que l’on ne souhaite pas voir se prolonger.

 

3/ La désensibilisation

La peur, l’anxiété et la culpabilité sont des émotions déclenchées par le manipulateur. Ces émotions ont tendance à précipiter la capitulation et l’obéissance qui nourrissent le cycle de la manipulation.

L’anxiété est une peur sans objet qui augmente avec le sentiment d’insécurité intérieur et l’incertitude, tandis que la peur est associée à une conséquence précise. Le manipulateur provoque souvent ces émotions négatives en ayant recours à la menace ou en adoptant un comportement inquiétant. Il suffit alors de sa simple présence pour réactiver l’anxiété et la peur, alors même que l'événement désagréable est passé.

La culpabilité est un sentiment exagéré de responsabilité que l’on peut ressentir devant les émotions ou les expériences négatives d’une autre personne. Face à celui qui a tendance à culpabiliser facilement, le manipulateur a bien peu de choses à faire pour appuyer sur cette « touche » émotionnelle. Il suffit pour lui d’avoir recours à l’une de ces trois émotions pour provoquer chez son interlocuteur un tel malaise que la seule solution pour le dissiper est de céder à la requête.

Or, si ces sentiments négatifs ne disparaissent pas du jour au lendemain, il est possible d’arriver à les supporter. En effet, plus on tient le coup, plus ces émotions diminuent en intensité et moins l’on réagit sous le poids de l’émotion. C’est ce que l’on appelle l’habituation. Et plus on les supporte, moins l’on risque de céder au manipulateur. Bien entendu, il ne s’agit pas d'endurer cet état désagréable toute une vie, mais seulement le temps d’appliquer sa propre stratégie de résistance.

 

Voici un exercice de désensibilisation qui aide à se détendre:

A/ Écrivez le récit de deux ou trois situations dans lesquelles vous avez ressenti de la peur, de l’anxiété ou de la culpabilité en raison des requêtes et menaces du manipulateur.

Décrivez avec précision ce qui, dans ses gestes et ses paroles, a fait naître vos émotions négatives.

Dans la foulée, décrivez avec le plus de détails possible, vos sentiments désagréables et enregistrez ce récit à l’aide du magnétophone de votre téléphone portable.

 

B/ Allongez-vous confortablement et visualisez un paysage ou un lieu que vous appréciez particulièrement.

Tandis que vous respirez lentement et régulièrement, focalisez votre attention sur vos jambes et vos bras qui deviennent de plus en plus lourds.

 

C/ Après trois minutes de relaxation, tout en continuant à vous détendre, visualisez en pensée les scènes au cours desquelles vos émotions négatives se sont manifestées et déclenchez votre magnétophone pour en écouter le récit.

L’objectif de la désensibilisation est de se maintenir le plus longtemps possible dans un état de détente physiologique, c’est-à-dire de contrôler ses émotions négatives, tout en se remémorant les instants désagréables.

Il est recommandé de répéter cet exercice avec d’autres scènes désagréables, deux fois par jour pendant une ou deux semaines.

 

Après cet exercice, à chaque pression du manipulateur, il sera alors possible de faire appel aux sensations ressenties lors du travail de relaxation et de résister calmement aux sentiments désagréables qui vont diminuer en intensité.

 

4/ Dénoncer la manipulation

C’est le point culminant de ce protocole. Il consiste à dénoncer à voix haute les manipulations à l’intéressé. Il s’agit, face au manipulateur, de détailler son comportement et de lui faire part des conséquences négatives qu’il peut avoir sur vous.

Par exemple :

- « Lorsque tu me hurles dessus, je suis terrifié(e) et deviens très angoissé (e).

Si tu me demandais ce que tu veux d’une voix normale, je me sentirais un peu plus en confiance.

Or, tu as pris l’habitude d’adopter ce ton menaçant à chacune de tes requêtes, Maintenant, tu sais ce que je ressens lorsque tu me cries dessus ».

Pour formuler ces phrases, il est important de se sentir calme et de les répéter préalablement en se relaxant de manière à les énoncer sur un ton ferme et direct le moment venu.

 

5/ Bloquer la manipulation

À cette phase du programme, vous avez cessé d’être complaisant et obéissant. Il est alors possible d’annoncer clairement au manipulateur que vous comprenez son objectif, mais que la tactique qu’il a choisie ne fonctionne pas.

Par exemple :

- « Je comprends ce que tu veux : que je renonce à ma soirée pour t’accompagner à ce vernissage. Mais ce n’est pas par la bouderie que tu obtiendras ce que tu désires ».

 

Pour un résultat optimal, il est recommandé de combiner les jalons 4 et 5. Ce qui donne :

- « Je comprends ce que tu veux : que je renonce à ma soirée pour t’accompagner à ce vernissage.

Lorsque tu me cries dessus de la sorte, je suis terrifié(e) et angoissé(e). Si tu m’exposais clairement et calmement les raisons pour lesquelles tu veux que je sois présent(e), je pourrais envisager de reporter ma soirée et t’accompagner.

Or, tu as pris l’habitude de me menacer à chaque fois que je ne me plie pas à tes exigences. Maintenant, tu sais ce que je ressens lorsque tu me cries dessus.

Dans tous les cas, ce n’est certainement pas par l’intimidation et la colère que tu obtiendras ce que tu désires. Et bien que je comprenne ce que tu attends de moi, cela ne veut pas dire que je vais t’obéir ».

 

6/ Énoncer ses conditions

Énoncer ses conditions revient à poser ses limites de façon claire et évidente. Vous annoncez clairement que, dorénavant, vous prendrez vos propres décisions, en tenant compte, cette fois, de vos besoins, de vos intérêts et de vos désirs, et non pas uniquement en fonction de ceux du manipulateur. Vous entendez être traité(e) comme une personne respectable, d’égal à égal.

Attendez-vous à ce qu’en réaction à votre stratégie de résistance, le manipulateur augmente de plusieurs degrés le recours aux pressions et aux contraintes, ceci avant de reconnaître ses erreurs, ou bien qu’il refuse de poursuivre la relation dans d’autres termes que les siens. Dans ce cas, il est recommandé d’envisager une rupture provisoire ou définitive. Quel que soit le résultat obtenu, vous avez gagné en confiance et appris à vous faire respecter.

 

7/ Négocier

Ce dernier jalon vient asseoir votre nouvelle position face au manipulateur. Si la négociation devient possible, alors il n’y a plus de place pour la manipulation. Si chacune des parties se fait entendre et que leur but respectif est le bien-être de la relation, et non celui d’un des deux partenaires, le cycle de la manipulation s’arrête.

Pour y parvenir, il est nécessaire de faire part à l’autre que l’on a bien compris sa position, puis faire état de la nôtre. Chaque position sera ensuite clarifiée, chacun exprimant ce qu’il ressent, de façon à ce que les deux partenaires soient satisfaits de leurs nouveaux accords.

 

Conclusion :

Pour sortir de la manipulation, il est important d’en connaître les effets dévastateurs et de prendre conscience que cette situation ne peut plus durer. Votre santé physique et émotionnelle, vos relations avec votre entourage s’en trouvent profondément perturbées. Ce sont des raisons suffisantes pour mettre un terme à une situation devenue insupportable, ce dont vous seul pourrez décider, car le manipulateur n’a aucun intérêt à ce que les choses changent. Mais vous, oui !

 

 

 

 

 

 

 

 

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Psychologue clinicienne diplômée de l’université - Paris VII - DESS Psychologie clinique et Psychopathologie - DEA Sexualité et traumatisme - DU de Victimologie Université René Descartes Paris V - DU Prévention et Responsabilité Université Panthéon Assas Paris II - Certificat Thérapie systémique et familiale, formation Carole Gammer.
N° agrément D.D.A.S.S. (Adeli) : 759318496