Emmanuelle Comtesse - Psychologue Clinicienne

La névrose phobique

La dernière fois que vous êtes grimpé aux rideaux, littéralement tordue comme une flamme, c’était à quelle occasion ? Lorsque vous avez aperçu une souri, une toute petite souri de rien du tout qui traversait votre cuisine à pas menus. Vous avez donc une peur bleue de ces petits rongeurs, une trouille irrationnelle dont vous ignorez la cause. Ce qui veut dire que vous avez la phobie des souris. Si vous êtes citadine, vous pouvez continuer à mener une vie normale car ces bestioles sont plutôt rarissimes en ville.

En revanche, si vous paniquez dans la foule, juste avant de vous exprimer en public ou face à l’élu de votre cœur, il est préférable de vous faire aider car ces phobies sont véritablement handicapantes et peu compatibles avec une vie sociale.

Historique :

Freud définit la phobie comme le symptôme central de l’hystérie d’angoisse, l’actuelle névrose phobique. Pour le fondateur de la psychanalyse, la phobie peut être considérée comme un moyen d’atténuer, voire d’éviter l’angoisse dont l’origine est liée aux avatars de la sexualité et au complexe d’Œdipe.

L’histoire du petit Hans constitue le cas le plus célèbre de névrose phobique. Ce petit garçon ne veut plus sortir dans la rue parce qu’il redoute d’être mordu par un cheval. Au cours de l’analyse, Freud montre que le cheval, l’objet phobique, est identifié au père dont il craint la punition en raison de l’ambivalence de ses sentiments à son égard. L’enfant, qui jouait souvent au cheval avec son père, comparait leur pénis à celui de ce dernier. Lorsqu’il voit un cheval tomber et se blesser, il souhaite inconsciemment que la même chose arrive à son père, afin de satisfaire son désir incestueux pour sa mère. La peur d’être mordu par le cheval représente alors la peur d’être châtré par le père, à cause de son fantasme meurtrier. Ainsi, en évitant de rencontrer un cheval dans la rue, Hans s’épargne-t-il l’angoisse de la castration.

Comme dans toutes les névroses, la problématique œdipienne est en jeu, mais au lieu de se convertir en symptôme, l’angoisse est projetée au-dehors et la phobie exprime le combat du moi pour la maintenir dans le monde externe. La représentation angoissante, ainsi déplacée sur un objet puis expulsée au-dehors, devient plus tolérable que ne l’est l’angoisse inconsciente de castration. C’est donc bien au point de rencontre de l’hostilité et de l’angoisse que se forme la phobie.

Depuis l’analyse du petit Hans, on distingue la névrose phobique des autres névroses, puisqu’elle est la seule où l’angoisse est à découvert.

Symptômes :

La phobie, symptôme prévalent de la névrose phobique, joue un rôle protecteur face aux angoisses du sujet.

Il existe trois grandes catégories de phobies: l’agoraphobie, la forme clinique la plus sévère, se traduit par la crainte de se retrouver seul dans des lieux publics où il est impossible de trouver une issue en cas de malaise. Un peu moins handicapantes, les phobies sociales entravent cependant la carrière, les déplacements et la vie en société. Elles s’expriment par la peur de parler, d’écrire, de boire et de manger en public, mais aussi d’utiliser des toilettes communes. Enfin, les phobies simples, apparues dans l’enfance, sont les plus fréquentes, mais aussi les moins gênantes. Elles concernent la peur des animaux, de l’orage, du noir et de l’eau.

Certaines d’entre elles sont difficilement avouables en raison de leur absurdité. Que penseriez-vous si vous appreniez que votre meilleur ami a la phobie des poules ? Que c’est une poule mouillée ? Mais non. Parce que la phobie relève d’une histoire complexe. Dans « Un cas de phobie de la poule », la psychanalyste Hélène Deutsch nous raconte comment les poules ont nourri les fantasmes amoureux d’un petit garçon à l’égard de sa mère. Comme celui du petit Hans, cet exemple montre que le conflit œdipien et l’angoisse de castration ont une implication forte dans la phobie.

D’une façon générale, même si le contenu des phobies est varié, le phobique craint tout ce qui peut l’enfermer, le mordre, le faire tomber, le paralyser ou lui faire du mal. Bref, tout ce qui met sa vie en péril. Cette appréhension explique son état de vigilance, pourquoi il surveille le monde alentour, essaie de repérer le moindre danger et cherche à tout contrôler pour prévenir l’inopiné. Inutile de lui faire des surprises, il en a une sainte horreur. Le phobique préfère anticiper sur les événements à venir pour maîtriser ce qui pourrait le plonger dans la panique.

Pour conjurer son angoisse, le phobique utilise différents procédés, comme l’évitement. Par exemple, si ses jambes se dérobent avant de traverser un pont, il réalise un gigantesque détour pour atteindre l’autre rive, ou s’il est agoraphobe, il fuit le Bon Marché un samedi après-midi. Il peut aussi rechercher la présence rassurante d’un objet, d’un animal ou d’une personne familière pour affronter la situation redoutée. Ce qui ne va pas sans difficultés si l’objet contraphobique est un animal et qu’il en a besoin pour ses prestations en public.

Mieux vaut, dans ce cas, avoir à portée de main un anxiolytique, plus discret et moins encombrant qu’un fox-terrier qui risque à tout moment de se mettre à japper devant un auditoire scandalisé.

Largement pratiquée par le phobique, la fuite en avant, le plus souvent accompagnée d’hyperactivité, entre au palmarès des conduites conjuratoires. Elle consiste à affronter délibérément le danger en adoptant une attitude de bravade ou de défi. Ainsi, une personne qui a peur du vide, s’adonnera-t-elle à des activités telles que le saut à l’élastique ou en parachute, histoire de se raconter qu’elle peut aisément vaincre sa phobie. Et elle se leurre ! Car les phobies ne nous lâchent pas comme ça. Elles sont récurrentes et tant qu’on ne décèle pas leur origine, elles se déplacent sur un autre objet ou une autre situation.

Scottie, le détective hitchockien de Vertigo souffre d’acrophobie. Il craint les hauteurs et par conséquent le risque qu’elles lui font courir. C'est-à-dire la chute sans fin, celle qui précipite le corps dans l’abîme. Celle encore, dont le point d’aboutissement n’est jamais que l’évanouissement du corps dans le fond. Scottie a peur de tomber comme il craint de se dissoudre dans le corps d’une femme. En témoigne le chignon en forme de spirale de Madeleine, à la fois symbole du sexe féminin et fétiche qui le fascine, tant il désire et redoute de s’y engouffrer.

La tour Coït de San Francisco, qui s’érige sous ses fenêtres, symbolise la puissance masculine, la vigueur sexuelle qui lui fait défaut. A l’inverse, la scène sur l’escabeau avec Midge suggère une tentative d’érection qui se termine par un fiasco. L’homme redoute en effet de s’envoyer en l’air et de connaître la chute vertigineuse qui s’ensuit.

Et parce que le sort est ironique, Scottie tombe amoureux d’une femme qui l’abandonne en se jetant dans le vide. Puis, amant nécrophile, il s’éprend d’une autre femme dont il se persuade qu’elle est la réincarnation de sa bien aimée suicidée.

Et parce que le sort est tenace, celle-ci se dissipe, à son tour, dans les airs.

C’est de cette impuissance que le symptôme phobique vient rendre compte, c'est-à-dire de cette impossibilité de se confronter à l’angoisse suscitée par le désir. En s’évanouissant face au vide, Scottie soutient et punit son désir. En laissant choir celle qu’il aime, il satisfait son besoin de punition et renonce à ses désirs sexuels. Puisque même après une ascension réussie, Scottie demeure impuissant. La femme désormais fantasmée, laquelle n’est plus de ce monde, sera toujours plus facile à satisfaire que la femme réelle.

Phobiques, vos frayeurs personnelles vous pourchassent sans répit et pour les inventer, vous avez du talent.

Vos désirs infantiles furent-ils si scandaleux pour ne plus les souffrir au point de les convertir en phobies?

Allons ! Même si vous avez rêvé d’épouser votre mère et de découper votre père en morceaux, aucun délit ne justifie que l’on se laisse martyriser par des souris et des ponts.

A moins que vos phobies ne soient le prix à payer pour soutenir vos vœux interdits.

 

Emmanuelle Comtesse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Psychologue clinicienne diplômée de l’université - Paris VII - DESS Psychologie clinique et Psychopathologie - DEA Sexualité et traumatisme - DU de Victimologie Université René Descartes Paris V - DU Prévention et Responsabilité Université Panthéon Assas Paris II - Certificat Thérapie systémique et familiale, formation Carole Gammer.
N° agrément D.D.A.S.S. (Adeli) : 759318496