Emmanuelle Comtesse - Psychologue Clinicienne

La paranoïa

On a parfois l’impression que tout le monde nous en veut, que des forces obscures se conjuguent pour mettre en échec ce que nous entreprenons. On ne serait pas un peu paranos par hasard ? Avec certitude, non. Juste un peu soupçonneux. Et puis ça s’arrête là. Le lendemain, quand tout va bien, on rie de nos idées noires qui nous tarabustaient encore la veille au soir.

Rien à voir avec le véritable paranoïaque, qui se croit habité par des voix, menacé de mort, ou selon la nature de son délire, admiré par de fervents amoureux qui dissimulent leurs sentiments. Car la paranoïa est une psychose et celui qui en souffre est un authentique délirant.

Historique :

Au 19ème siècle, la paranoïa caractérise le délire de « celui qui pense à côté ». Puis Kraeplin, définit le délire du paranoïaque comme construit, sectorisé, l’opposant ainsi aux délires paranoïdes qui sont déstructurés et diffus. A partir, du 20ème siècle, les auteurs utilisent les expressions « délire d’interprétation » ou « folie raisonnante » pour définir celui du paranoïaque. Puis Gaëtan de Clérambault distingue les délires d’interprétation des délires passionnels.

En 1911, Freud publie l’analyse du cas Schreber, dans laquelle il fournit une théorie du mécanisme de la psychose paranoïaque. Cet homme, un juriste stérile que Freud décrit comme brillant, se croit l’élu de Dieu. Il est alors persuadé d’avoir été engrossé par lui pour donner naissance à une nouvelle humanité. Dans son étude, Freud insiste sur l’origine sexuelle de la pathologie et notamment sur sa relation avec une homosexualité latente et refoulée. Il montre, en outre, que la psychose est la reconstruction d’une réalité hallucinatoire.

En 1933, Lacan s’intéresse aux sœurs Papin, dont le passage à l’acte meurtrier est lié à une psychose paranoïaque.

Actuellement, dans le groupe des délires paranoïaques, la psychiatrie française distingue : les délires d’interprétation systématisés, les délires sensitifs de relation et les délires passionnels.

Symptômes :

La paranoïa est, avec la schizophrénie, la psychose la plus répandue. Le délire paranoïaque s’installe de façon insidieuse, le plus souvent autour de la quarantaine. Il survient suite à un traumatisme, ou à un événement marquant, comme la naissance d’un enfant.

Il se caractérise par le mécanisme de projection. C'est-à-dire que le paranoïaque attribue aux autres ses propres sentiments de haine ou érotiques qu’il ne reconnaît pas. Si bien que les autres lui apparaissent comme persécuteurs. D’où son attitude méfiante, suspicieuse et agressive. Attention toutefois aux apparences qui sont parfois trompeuses, car le délire du parano n’est pas des plus bruyants. A propos des sœurs Papin, qui ont tué leurs patronnes d’une façon épouvantable, Lacan écrit qu’elles sont apparues aux trois médecins experts sans aucun signe de délire ni de démence. Car si le parano semble plus renfermé que la moyenne, il reste souvent cohérent, sa pensée est claire et ordonnée et il réussit à emporter l’adhésion de son entourage. Tout au moins au début, parce qu’il arrive un moment où l’on se rend bien compte qu’il déraille complètement.

Alors comment repérer un parano et ne pas se laisser mener en bateau par son délire de persécution ? Le parano, c’est le roi du sophisme : son raisonnement est valide en apparence, mais il se base sur des prémisses fausses. La différence avec le sophiste, c’est qu’il ne cherche pas à nous tromper. Il croit vraiment à son histoire de filature qui prend vite l’allure d’un roman policier. Lorsqu’il délire,  il interprète chaque nouveau fait  renforçant ainsi sa conviction qu’on lui en veut et qu’on le surveille. Au début, on le croit quand il soutient mordicus que toute la copropriété s’est liguée contre lui parce qu’il a planté des géraniums alors que les roses avaient été votées à l’unanimité. Puis on est un peu surpris lorsqu’il se met à soupçonner son collègue de travail de faire partie du complot. Qu’est ce qu’il vient faire dans cette histoire, celui-là ? Maintenant c’est sa voiture qu’on a trafiquée sous prétexte qu’il a eu du mal à démarrer ce matin. Là, on commence à trouver ça louche. Et puis, quand il nous explique qu’on parle de son affaire dans les journaux et que les feux de la circulation sont télécommandés pour provoquer sa mort dans un accident, on a la trouille. Il y a de quoi. D’autant plus qu’il n’arrête pas de déposer des plaintes contre X et envisage très sérieusement de déménager pour se protéger d’une entité malveillante et inconnue de tous.

A ce stade avancé du délire, vous comprenez enfin qu’il raconte n’importe quoi. Ce n’est pas une raison pour vous moquer de lui. Freud nous enseigne que son délire est une tentative de guérison, une façon de rebâtir le monde. Drôle de monde, c’est vrai. Surtout quand on sait que dans ses délires,  le président Schreber se voyait attaqué par des jeunes filles converties en oiseaux chargés de poison de cadavre !

Alors, mieux vaut faire semblant de prendre au sérieux ces projets de contre-attaque, tout en adoptant une attitude chaleureuse et en gardant ses distances. La vie avec lui est compliquée, c’est un fait. Mais viendra le moment où son système de défense lâchera pour laisser place à l’anxiété et à la dépression. Ce sera le moment de l’emmener consulter. Il en a besoin.

Lorsque le délire de relation s’empare du parano, on a affaire à des personnalités sensitives, plus délicates, qui n’ont pas l’assurance des vrais tempéraments paranoïaques. Il faut faire attention parce qu’elles sont hypersensibles. Si l’on ne veut pas s’attirer leurs foudres, on a intérêt à ménager leur susceptibilité, en faisant bien attention à ce qu’on dit. Malgré leurs grands airs, ces personnes orgueilleuses et dignes sont en réalité vulnérables. Elles ont subi toute sorte de frustrations, de rejets et ressassent péniblement leurs échecs passés. Ce sont des écorchés vifs qui vacillent à la moindre boutade et concoctent des plans de vengeance en se morfondant dans la dépression et l’hypocondrie. Mais, là aussi, les apparences sont trompeuses et mieux vaut éviter les remarques désobligeantes. Leur haine n’a d’égale que leur amour et si les brimades ont été trop importantes dans la petite enfance, vous risquez le passage à tabac. Pensez aux sœurs Papin. Deux créatures discrètes et dévouées, prêtes à tout pour satisfaire Madame Lancelin, leur patronne. Une remarque de cette dernière sur le linge qui n’a pas été repassé et voilà la patronne et sa fille énuclées vivantes, tailladées à coups de couteau. Pas de délire tapageur, donc, plutôt une apparence exemplaire, mais un crime qui restera dans les annales.

Avec les délires passionnels, on est dans le bruit et fureur. Ils se caractérisent par la violence des émotions et les comportements tapageurs qui en découlent. Comme leur nom l’indique, le parano se passionne pour une cause ou une personne en laquelle il investit toute sa charge affective et son énergie. Si son délire est érotomaniaque, il décrète qu’on l’aime en secret et poursuit l’élu de son cœur. S’il s’agit d’un délire de revendication, il exige que justice soit faite ou que la vérité éclate pour obtenir la reconnaissance de son bon droit. Enfin, s’il souffre d’un délire de jalousie il se persuade qu’on le trompe et poursuit sans relâche l’infidèle.

Dans le film, « L’enfer » de Chabrol, Paul, s’imagine que sa somptueuse épouse le trompe. Miné par sa jalousie, il entend des voix qui lui confirment l’infidélité de sa belle. S’engage alors une véritable course aux preuves nécessitant surveillance accrue et filatures incessantes. Leur couple n’y résiste pas et Paul sombre dans la folie.

Paranoïaques, non ! l’humanité toute entière ne vous en veut pas. En revanche, la réciproque est vraie. Contre l’ennemi, vous érigez un système de défense hyper structuré que vous utilisez comme des missiles de propulsion lancés à la première offense.

En réalité, vous tremblez devant vos pulsions destructrices que vous projetez sur les autres. Vous n’acceptez d’aimer qu’au prix d’une haine féroce et un rien peut vous faire franchir la frontière de la criminalité.

 

Emmanuelle Comtesse

 

 

 

 

 

 

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Psychologue clinicienne diplômée de l’université - Paris VII - DESS Psychologie clinique et Psychopathologie - DEA Sexualité et traumatisme - DU de Victimologie Université René Descartes Paris V - DU Prévention et Responsabilité Université Panthéon Assas Paris II - Certificat Thérapie systémique et familiale, formation Carole Gammer.
N° agrément D.D.A.S.S. (Adeli) : 759318496