Emmanuelle Comtesse - Psychologue Clinicienne

Les troubles bipolaires ou psychose maniaco-dépressive

On a coutume de désigner comme cyclothymique ou lunatique une personne dont les humeurs sont en dents de scie. Quand elle passe sans raison apparente du rire aux larmes, qu’elle sourit comme un ange avant d’exploser de rage, on se dit qu’elle a une araignée dans le plafond, mais bon, c’est marrant, ça nous change de notre côté encéphalogramme plat et voilà tout.

Il se peut que ces fluctuations de caractère soient le reflet d’une labilité émotionnelle banale sans gravité, ou d’une sensibilité à fleur de peau. Il se peut aussi que cette personne souffre de troubles bipolaires. Oui. Inutile d’éclater en sanglot ou bien d’osciller entre haut désarroi et déprime profonde à votre tour.  Vos larmes ne changeront rien à la gravité de cette maladie.

Historique

La psychose maniaco-dépressive a d’abord été isolée en tant qu’entité clinique par le psychiatre Kraeplin, en 1899. Puis les travaux de Freud et d’Abraham ont permis une lecture plus élaborée de la maladie qui se caractérise par une organisation dépressive. En 1917, dans son article « Deuil et mélancolie », Freud montre les similitudes entre l’état de deuil et l’état mélancolique, car l’un et l’autre sont déclenchés par une perte. Mais tandis que cette perte est réelle dans le deuil, elle peut être imaginaire dans la mélancolie. C’est à partir des mécanismes du deuil pathologique que Freud établit ceux de la mélancolie. Cet état se traduit par une incapacité à se détacher du souvenir de l’être aimé. La fixation mélancolique demeure intense et confine parfois au délire. Le mélancolique s’enferme dans un deuil irrésolu parce que ses sentiments à l’égard de l’être perdu sont teintés d’ambivalence : il l’adore en même qu’il le hait de l’avoir abandonné. Cette haine se retourne contre sa propre personne et le détruit.

Symptômes

Aujourd’hui, la psychose maniaco-dépressive est rebaptisée « troubles bipolaires ». Comme son nom l’indique, elle se caractérise par des accès dépressifs qui alternent avec des phases maniaques. Autrement dit, après avoir sombré dans la dépression, on se retrouve propulsé dans un état d’euphorie qui frise l’extase. Cette euphorie est traite parce qu’elle laisse croire qu’on a retrouvé sa forme, alors qu’en réalité on est toujours malade. D’ailleurs après une simple dépression, on se sent mieux, on se dit que l’on revient de loin. Ce plongeon en soi a été salutaire parce qu’on en a profité pour explorer les arcanes de notre inconscient.

Quand on souffre de troubles bipolaires, c’est différent. Après l'accablement, on devient volcanique, surexcité, près à abattre des montagnes, avec toujours ce creux en soi qui ne demande qu’à ravaler, puis étouffer cette belle énergie.

Et là, c’est l’effondrement total. Une chape de plomb qui s’abat sur un oiseau. On est complètement abattu, foutu, et le monde avec nous. C’est littéralement « l’ombre de l’objet qui tombe sur le moi ». Cette phrase énigmatique et terrifiante de Freud illustre un sentiment de perte sans appel, un état morbide où la mort se présente comme la seule issue possible pour échapper à la douleur morale.

La phase maniaque

Avant et après sa traversée du désespoir, le mélancolique connaît de grands moments d’extase qui se caractérisent par une surexcitation psychique. C’est la phase maniaque. Il est tout content de son nouvel état. Tellement content qu’il se sent à l’aise partout et avec n’importe qui. Il apparaît parfois en tenue excentrique ou débraillée, s’adresse avec familiarité à des inconnus et les submerge de paroles. Il déborde d’idées, évoque des souvenirs, raconte des histoires qu’il agrémente de jeux de mots et calembours. Et puis, il fabule parce que son imagination est fertile. Il séduit aussi, en raison de ses désirs érotiques exacerbés.

Outre l’excitation intellectuelle, le mélancolique éprouve le besoin impérieux de s’agiter. Alors il danse, il chante, il joue la comédie en imitant des personnages. Vous trouvez sa compagnie agréable. Jusqu’au jour où il décide de faire la circulation sur la voie publique. Alors vous rigolez jaune. Où les voisins portent plainte pour tapage nocturne parce qu’il fait la fête toute la nuit. Vous saturez. Où les flics le ramènent parce qu’ils l’ont trouvé en train de se balader tout nu dans la rue. Vous êtes horrifié. C’est quand même un attentat à la pudeur ! Il n’a plus de limite, on vous dit. Et si vous lui en faites le reproche, méfiez-vous de ces colères explosives.

Le film « Ma vie en cinémascope » nous montre une Alys Robi en proie aux affres de la psychose maniaco-dépressive. La chanteuse québécoise, qui nous a fait sautiller avec Tico tico, puis littéralement ensorcelés avec le langoureux Besame Mucho, multipliait les amours tumultueuses qui la laissaient sur le carreau. Ces airs aux accents sud américains, tantôt pétillants de gaieté, tantôt désespérés, collaient à ses états d’âmes. Mais derrière cette nature orageuse et vibrante, se profilait le spectre de la maladie qui lui a coûté cinq années d’internement psychiatrique et une lobotomie. Préludes à la dépression, ses excès déjouaient son vague à l’âme. Car la manie, qui peut durer quelques jours ou quelques semaines, est une protection artificielle contre la dépression, une façon pour le mélancolique de ne pas sombrer systématiquement dans le désespoir.

La phase mélancolique

A cet état de fête quasi orgiaque succède la mélancolie. Le passage de l’un à l’autre montre que manie et mélancolie sont les deux pôles d’une même structure de fond. Entre ces deux accès, le mélancolique connaît une période d’accalmie. Dans ces moments, il est tout a fait adapté et personne ne se doute que ses humeurs ont tendance à jouer aux montagnes russes.

Jusqu’au jour où vous le découvrez par un beau matin de printemps prostré, incapable de mettre un pied hors du lit. Vous essayez de lui parler, mais il reste mutique. Vous émettez alors l’hypothèse d’une séance de méditation, jusqu’à ce que vous compreniez qu’il est complètement plombé par la dépression.

A ce stade, la fête est finie, on ne rigole plus du tout. La douleur morale est si intense et la tristesse si profonde que le mélancolique a des velléités de passer l’arme à gauche. Mieux vaut l’avoir à  l'œil parce qu’en principe il ne se rate pas.  A choisir entre le tube de barbiturique et le saut sur la voie ferrée, il optera pour la seconde solution. Plus efficace.

Vous empruntez, à votre tour, les chemins de la désillusion. On comprend. Sauf que vous risquez de basculer tous les deux dans le néant. Alors, ne vous démontez pas. Appelez vite un psy. C’est sérieux.

Si ça peut vous consoler, dites vous que les troubles mélancoliques donnent naissance aux œuvres littéraires les plus éblouissantes. Oui. Lisez Baudelaire, ça vous aidera à y voir plus clair dans la grisaille des âmes. Lui-même ne disait-il pas que  la poésie est le plus efficace des paradis artificiels ? Le poète maudit qui met son spleen à l’épreuve de la souffrance poétique, n’a cessé d’osciller entre ennui et espérance. L’homme qui haïssait la vulgarité et sublimait la sensibilité, aspirait à transformer la douleur en beauté. Dans les « Fleurs du mal », où mélancolie et extase se donnent sans cesse la réplique, il jette tout son être. Et résume dans « Mon cœur mis à nu » l’insupportable ambivalence qui anime son âme: « Tout enfant, j’ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l’horreur de la vie et l’extase de la vie ».

Bipolaires, vos troubles portent la marque de la confusion entre chute et ascension. Et ça vous chamboule complètement.

« Mélancolie je te hais, manie je t’aime », tel est votre credo.

Sans cesse ballotté entre désespoir, nostalgie d’un amour perdu et plénitude extatique, le spleen baudelairien est votre insigne, le plus qui fait votre label.

Tantôt apathique, tantôt exalté, vous lessivez votre entourage qui se lasse de ce remue-ménage. Si vous renoncez au lithium, c’est lui qui va faire naufrage.

 

Emmanuelle Comtesse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Psychologue clinicienne diplômée de l’université - Paris VII - DESS Psychologie clinique et Psychopathologie - DEA Sexualité et traumatisme - DU de Victimologie Université René Descartes Paris V - DU Prévention et Responsabilité Université Panthéon Assas Paris II - Certificat Thérapie systémique et familiale, formation Carole Gammer.
N° agrément D.D.A.S.S. (Adeli) : 759318496